Cour d'Assises d'Arlon
Texte original
déposé devant
Question de Monsieur le Président Goux
Monsieur Wilmotte, pouvez-vous nous dire comment vous avez connu Marc Dutroux ?
Réponse :
Monsieur le Président,
Permettez-moi de vous dresser le portrait de Marc Dutroux tel qu'il est resté figé dans ma mémoire.
De 1978 à 1982, je résidais avec mon épouse au 35, rue de l'Hôtel de Ville à Haine-St-Pierre.
Durant cette même période, Marc Dutroux, son épouse et leurs enfants habitaient au n°40 de cette même rue. Nos habitations étaient donc presqu'en vis-à-vis.
J'ai donc connu Marc Dutroux pendant 4 années
C'est vous dire qu'il n'est pas pour moi un papillon éphémère.
Je n'éclairerai pas mon témoignage à la lumière de ses méfaits puisque le premier de ceux-ci a lieu à Haine-St-Paul en 1983.
Je ne vous dis pas que j'ai bien connu Marc Dutroux car le personnage est déjà à l'époque insaisissable : Marc Dutroux est un jeune homme de 22 ans, il est renfermé sur lui-même, solitaire, il ne se confie à personne, il n'entre pas chez vous, vous n'entrez pas chez lui.
Marc Dutroux, c'est un courant d'air
Il est toujours en partance, je le vois emporter des moteurs, ramener des pièces de voitures et vous l'aurez compris, Monsieur le Président, Marc Dutroux travaille dans la mécanique, ou plutôt, il bricole, il rafistole et il traficote
Marc Dutroux, c'est une salopette bleue sous une Lada de couleur crème
Marc Dutroux, c'est un frimeur, il est déjà, à l'époque, le centre du monde.Il est le chef de sa famille :
c'est un empereur romain qui croit avoir le droit et vie et de mort sur ses sujets.
Il construit déjà – Sabine a raison – les plus belles cheminées. Il vend des produits de nettoyage pour tapis, Monsieur le Président, je n'en n'ai jamais trouvé de meilleur.
Marc Dutroux, c'est le mari d'une femme
Françoise Dubois, elle est parfaitement honorable.
A l'époque, elle est jeune, elle a 20 ans, elle est mignonne, gentille, discrète affable , soumise Au début, elle semble accepter la soumission à son mari, elle s'occupe très bien de son ménage avec les menus moyens financiers que lui laisse son mari :
elle s'accomplit dans son rôle maternel :
elle fait merveilleusement l'éducation de ses 2 enfants : 2 gamins très sages, trop sages peut être comme s'ils avaient été conditionnés par leur papa à ne pas faire trop de bruit, à ne pas rire trop haut.
Françoise Dubois, Monsieur le Président, avec une femme pareille, un homme normal , il fait toute une vie.
La perversité de Marc Dutroux n'aurait jamais pu se déclencher avec elle et ils rompirent.
Marc Dutroux, c'est une caravane
c'est une porte qui glisse et un rideau qu'on ferme, c'est une cage qui roule, c'est une roulotte avec deux roues et 2 « t ».
J'ai bien connu la tout première caravane de Marc Dutroux : elle est restée stationnée des années devant chez lui… devant chez moi.
Monsieur le Président, cette caravane, elle en a vu de toutes les couleurs, imaginez-vous :
de nombreux week-ends, elle devait prendre la route pour Dieu sait quelle direction.
Heureusement pour elle, elle n'avait pas à supporter le poids de son épouse et de ses 2 enfants. Elle est toujours là aujourd'hui, 25 ans après, elle se repose, elle gît, comme un Titanic, dans un champ d'épaves de Sars-La-Buissière.
Alors voyez-vous, Monsieur le Président, mes voisins, mon épouse et moi-même, nous étions à l'époque sous un double faisceau : la méfiance pour l'homme, l'admiration pour l'épouse.
Je puis vous dire qu'aucun mot, aucun comportement de Marc Dutroux ne laisait présager ce qu'il ferait, ce qu'il deviendrait, ce qu'il allait être.
J'eus pu croire qu'il serait devenu au mieux un mécanicien compétent, au pire, un grand voleur.
Au contraire, nous étions à des années lumière d' imaginer qu'un jour, quelque part dans une maison de Belgique, notre ancien voisin allait construire une machine à broyer des enfants innocents, à les faire souffrir, à les fracasser…à les laisser mourir
Et Pardonnez-moi, Monsieur le Président, laisser mourir n'est-il pas pire que tuer.
Je me permets de vous transmettre la « souffrance des honnêtes gens » dont je fais partie et qui défilent devant vous, ceux qui un jour sur les chemins de leur vie, ont croisé Marc Dutroux, qui l'ont salué, qui l'ont aidé, qui l'ont servi.
Monsieur le Président, tous ces anonymes,
ce sont des hommes et des femmes de chair et de sang qui portent aujourd'hui le poids du déshonneur.
Ils sont eux aussi devenus , quelque part, peut être et certainement ses victimes.
Permettez-moi de citer un grand auteur :
« Chaque fois que vous sauvez un homme, vous sauvez le monde. »
Marc Dutroux n'a sauvé ni An, ni Eefje, ni Julie, ni Mélissa auxquelles je rends hommage
Et j'y associe Sabine et Laetitia.
Marc Dutroux a éteint quatre petites flammes mais soyez-en sûr,
Monsieur le Président, ces quatre petites flammes font aujourd'hui pour tous les belges le grand soleil .
Interpellation de Marc Dutroux (texte original)
« Monsieur le président, le témoin doit témoigner sans crainte et sans haine, j'y vois de la haine. »
« Peut-il m'expliquer pourquoi il m'accuse d'avoir laissé 4 fillettes crever de faim ? »
Réponse (texte original)
Monsieur Dutroux, pardon, Marc Dutroux, je n'ai pas de haine envers vous, traduisez-la en émotion. Je déduis, peut être de manière erronnée, mais je constate que quatre filles sont mortes et 2 sont survivantes.
J'ai mal au cœur pour vous
Intervention du Président Goux, (s'adressant à Marc Dutroux)
Sabine et Laetitia, ce ne sont pas des déductions.
Marc Dutroux, « caméléon de pacotille, » se rassied et se tait.



Commentaires
Céline H. le 02/02/2007 à 17:50:16J'habite à Haine-St-Paul depuis toujours je suis contente qu'il est déménagé avant de faire du mal à des enfants .. peut-être s'en aurait-il pris a des enfants du village ? je trouve ça triste d'arriver à ce genre d'actions.. Peut-être aime-t-il voir les gens souffrir ? C'est triste !